Sessões simultâneas (sabado 20 julho 2002)
pelos Grupos do Campo Freudiano



CEREDA



Como o sexo advém as crianças?


Esta questão propomos abordá-la pela clínica, a partir de três pontos de referência teóricos. Trata-se de três ângulos diferentes na elaboração da teoria psicanalítica, sem hierarquia entre si :

I. Identificações unificantes: Seguindo Freud podemos dizer que a unificação das pulsões polimorfas pelas identificações é um modo pelo qual “o sexo advém as crianças”. É o movimento que a partir do Édipo, faz da menina uma mulher pela mãe, e do garoto um homem pelo pai . Para Lacan, esta referência edipiana está articulada a I(A), que permite para cada um a assunção de seu sexo e diz o que devemos fazer como garoto e como menina.

II. O falo: Aqui, o ponto de partida é este dizer freudiano que não há , no inconsciente um significante que nomeia o sexo da mulher. Neste nível, só existe um significante para dizer o sexo, o falo. Sexuar-se quer dizer assumir a incidência do falo segundo dois modos: sê-lo ou tê-lo.Com efeito que a menina se acredita desprovida de falo e tenta obtê-lo, ou que o garoto que dele está provido tema perdê-lo, um e outro visam incarnar o falo que falta ao Outro. Ressaltemos o escolho que constituiria uma orientação de tratamento que fixaria o sujeito numa posição de identificação ao falo que falta ao Outro.

III. Os gozos : Com o último ensino de Lacan, o advento do sexo a criança deve ser considerado não mais a partir do Outro como simbólico mas a partir da escolha de gozo. Trata-se de uma repartição do gozo, Uma partilha entre, de um lado, um gozo fálico – gozo do Um- e por outro lado um gozo Outro. O sujeito inteiramente tomado na função fálica será homem. Será mulher, Outra, quem não está de todo inteiro tomado na função fálica e a quem cabe um gozo suplementar.

O Um e o heteros

Neste nível não se trata tanto de saber como hoje no momento do declínio da figura paterna a criança acede ou não a assunção do ideal de seu sexo, quanto saber como pode ainda haver acesso ao Outro, a sexualidade como heteros, ali onde tudo parece afirmar-se como Gozo Uno. Não chegamos nós a era do Unisexo? O homem e a mulher não estão reduzidos ambos os dois de maneira igual a incarnar o objeto mais-de-gozar sem nenhuma diferença. Que nos ensinam as ficções que fazem atualmente estragos entre as crianças?

A questão é desde então saber como a partir deste gozo do Um que é de caráter masturbatório, se faz o encontro com o Outro. É necessário que haja perda de gozo do lado do Um para que se abra a via para o Outro, extração - nos diz Jacques-Alain Miller – sob a forma deste condensador de gozo que é o objeto a. É portanto a forma que tomará esta busca de complemento , de substituto da perda que introduzirá a uma diferenciação na sexuação.

Face a universalização do modo de gozar contemporâneo, como se opera a negativação do gozo? Como a incidência do discurso analítico sobre a criança põe em função a castração para lhe dar a possibilidade de uma posição sexuada?




Programa Conversação do Cereda

COMO O SEXO ADVÉM AS CRIANCAS

Salle 252 AB, avec traduction simultanée français-espagnol, (portugais passif)

La conversation est animée par Daniel Roy (Che vuoi ? Bordeaux).

10h-10h30
Ouverture et introduction, par Elizabeth Leclerc-Razavet (Forda, Paris)

10h30-11h30 DESTINS ANATOMIQUES ET SUBJECTIVATION DU SEXE
Président : Miguel Angel Vasquez
Coq ou poule,
par Marie-Josée Raybaud (A criatura, Ajaccio)
Discutant : Jorge Sosa
Les injections de Cécile,
par Mirta Berkoff, Liliana Cazenave, Catalina Adriana Guerberoff,
Irene Kuperwajs, Marita Manzotti de Pardo, Emilia Martinez de Ruiz,
Berta Mildiner, Silvia Salman et Diana Yassin (Pequeno Hans, Buenos Aires)
Discutante : Nicole Treglia

11h30-12h30 DES INVENTIONS HORS SIGNIFICATION PHALLIQUE
Présidente :Adela Fryd
Antonio, l’enfant qui a peur de “tomber malade en devenant une femme”,
par Roma Donata (Ciris, Rome)
Discutante : Patricia Bosquin-Caroz
Le respect de la différence des sexes,
par Éric Zuliani (Stephen Dedalus, Nantes)
Discutante : Délia Steinmann

14h30-15h30 CHICANES DU RAPPORT AU PHALLUS
Président : Julio Gonzalez
Des identifications sexuelles à l’option sexuée. Incidence du désir de l’analyste,
par Adriana Abeles, Cecilia Feldstein, Adela Fryd, Claudia Lázaro, Alejandra Jaloff, Juanita Lichtensztajn, Karina Millas, Daniel Riquelme, Gustavo Stiglitz, Silvia Tendlarz, Mario Urani et Manuel Zlotnik (Pequeno Hans, Buenos Aires)
Discutant : Guy Poblome
L’écran de la sexuation : la petite sirène,
par Vincente Palomera (ICF, Barcelone)
Discutant : Georges Haberberg

15h30-16h30 “ÊTRE OU NE PAS ÊTRE LE PHALLUS DE LA MÈRE…”
Présidente : Ana Lydia Santiago
Avoir ou pas un “machin truc bidule”,
par Francine Ali-Chérif (Les Bézots, Rouen)
Discutant : Alejandro Daumas
L’éveil de l’adolescence au sexe,
par Carmen Grifoll, Norma Lafuente, Jorge Sosa,Victoria Vicente (ICF, Barcelone)
Discutant : Gil Caroz

16h30-17h30 CONSTRUCTION DU FANTASME ET POSITION SEXUÉE
Président : Jacques Ruff
L’homme aux friandises,
par Susana Carro, Carmen Cuñat, Marta Davidovich, Ana Lia Gana et Monica Unterberger (Espacio Madrileno de Psicoanálisis con Niños, Madrid)
Discutant :André Soueix
L’usage de l’objet a pour la sexuation,
par Hélène Deltombe (Petite Enfance, Paris)
Discutante : Liliana Cazenave

17h30-18h
Perspectives, par Daniel Roy (Che vuoi ? Bordeaux)





L’usage de l’objet a pour la sexuation

Le sexe vient-il aux enfants sous les auspices de l’impossible et du parti pris ?

Comment l’impossible se décline-t-il dans une psychanalyse d’enfant ? La psychanalyse trouve sa direction fondamentale dans le fait qu’il n’y a pas de rapport sexuel. Or l’enfant, pervers polymorphe, défie cet impossible de toutes les manières, veut s’établir dans le rapport sexuel. Quel possible se dessine-t-il entre la psychanalyse et l’enfant aux prises avec ses pulsions partielles et une jouissance phallique qui l’angoisse ? Il y a aussi une dimension d’impossible dans la demande adressée à l’analyste pour l’enfant puisque c’est une demande faite pour un autre. En outre, si c’est une demande adressée au psychanalyste, ce n’est pas, bien souvent, une demande d’analyse. N’est-ce pas caractéristique du malaise actuel dans la civilisation ? C’est une demande de mieux-être pour l’enfant, c’est la demande d’être soulagé du fardeau qu’est devenu l’enfant.

Et si l’analyste parvient à ce que la demande devienne recevable pour la psychanalyse grâce à la mise en forme du symptôme, un autre impossible se profile aujourd’hui, celui de traiter le cas dans le cadre œdipien. Le déclin paternel, les coordonnées sociales actuelles définissent un nouveau cadre, ce que Lacan a appelé “la grande névrose contemporaine ” où le “père carent ” et la confusion des générations ne permettent plus de traiter un cas seulement selon les coordonnées œdipiennes. Autant celles-ci permettent de se repérer dans le cas, autant elles ne suffisent pas à le traiter. Aussi est-on amené à s’orienter dans la direction de la cure avec le dernier enseignement de Lacan pour repérer les modalités selon lesquelles s’opère la sexuation de l’enfant. L’évolution sociale et familiale détermine l’enfant à faire un choix de sexuation à partir de son objet de jouissance, et non plus sur le mode œdipien de l’identification, c’est sur ce mode qu’il trouve l’accès à l’Autre et qu’il parvient à trouver sa position de jouissance. N’est-ce pas selon ce parti pris qu’il est possible de trouver une issue à la cure, en accompagnant l’enfant au-delà de l’Œdipe ?

L’enfant, symptôme du couple familial

Un homme vient me rencontrer dans un grand désarroi mêlé d’exaspération, il m’explique que sa femme et lui n’en peuvent plus, ils sont à bout de ressources avec leur fils de trois ans et demi : Florent fait plusieurs crises de nerfs par jour, à chaque contrariété ou conflit, et jamais ne cède. A l’école, on le trouve insupportable, il est insolent avec les adultes, violent avec ses camarades, et ne tient compte d’aucune remontrance.

Cet homme ne s’adresse pas à l’analyste comme sujet, pour interroger sa position à l’égard de son fils, ni pour s’inquiéter des incidences de sa vie de couple sur l’enfant. Il parle de son impuissance à réduire cet état de fait mais néanmoins ne se laisse pas diviser. C’est seulement un père qui vient me rencontrer et sa demande est typiquement contemporaine, il veut être délivré du tourment qu’est pour lui son fils, il rend les armes, c’est devenu une charge dont il demande à être délivré par un spécialiste.

On peut mesurer l’écart existant entre cette demande et celle qui a été la première, la demande faite à Freud pour Hans. Tandis que ce père se plaint de son fils pour la gêne qu’il occasionne à l’entourage, le père de Hans fait appel à la psychanalyse pour un symptôme dont son fils souffre. Il met sa phobie en lien avec son éveil sexuel et le considère dans sa valeur d’énigme à résoudre. Le père de Florent ne rapporte pas le comportement de son fils à sa curiosité sexuelle, ni à l’angoisse éprouvée, ni à un symptôme qui ne pourrait se lire que dans sa dimension inconsciente. Il parle de son impuissance à réduire les difficultés, mais ne se met pas en cause et désigne son fils comme objet pour la psychanalyse.

J’accepte de recevoir l’enfant car il aura peut-être une demande à formuler, recevable par la psychanalyse. Je m’inquiète à l’idée d’accueillir un tourbillon dans mon bureau. A ma surprise, un bel enfant aux grands yeux brillants survient avec calme. A peine est-il entré qu’il se plante devant moi, solide sur ses jambes, pour m’annoncer avec un air grave : “ J’ai des problèmes ! ” Je lui propose de s’asseoir et de m’expliquer. Il me regarde avec confiance et me déclare : “ Mes parents sont bêtes ! ”. Puis il se lance dans la démonstration de ce qu’il vient de dire, avec force détails à l’appui. En particulier, il ne comprend pas pourquoi ses parents veulent absolument le coucher quand il n’a pas sommeil, et il me précise : “ Je le sais quand même si je suis épuisé ! ” De plus, il trouve qu’ils ne s’y prennent pas bien avec lui, il m’explique leurs maladresses et leurs erreurs.

Tout en écoutant ses récriminations, ponctuées de vigoureux : “Ils sont bêtes ”, je me souviens des explications de son père sur sa relation – et aussi bien celle de sa femme- à son fils : chaque demande, ordre, remontrance ou malentendu, sont accompagnés d’explications jusqu’à ce que leur fils ait compris le bien-fondé de leurs interventions. Florent écoute mais ne cède pas, l’exaspération monte à son comble chez lui, tandis que le père ne se dépare jamais de sa patience. Florent explose. C’est incompréhensible pour son père, mû à l’évidence par un idéal de règlement de tous les problèmes par la parole, une parole au service d’une logique imparable. Il a un idéal de maîtrise à la hauteur de l’esprit scientifique qu’il déploie dans ses recherches en physique. Comment se fait-il que son fils ne comprenne pas les choses pourtant simples qu’il lui explique si patiemment ? Il évoque son inquiétude quant aux qualités intellectuelles de son fils, mettant sur le compte de l’intelligence ce qui est pourtant de l’ordre des fantasmes qui se mettent en travers du rapport à l’Autre. Sa crainte vient d’ailleurs recouvrir celle de sa femme que leur fils ne soit promis au même destin que son frère à elle : il a raté ses études, il n’a pas de travail, il est réfugié chez ses parents et y végète dans une relation extrêmement conflictuelle à sa mère.

J’écoute Florent enfiler comme des perles les mésaventures accumulées avec ses parents, et je fais pour moi-même la construction suivante : il s’escrime, du haut de ses trois ans, à voler dans les plumes du fantasme de maîtrise du désir de son père obsessionnel, fantasme qui vient s’accorder avec le désir de la mère, une mère angoissée par la pensée que son fils pourrait devenir un raté comme son frère à elle. N’aurait-on pas là une forme de recouvrement du Désir de la Mère par le Nom du Père qui pourrait orienter la position de jouissance de Florent ? Cela va se vérifier dans la suite de l’expérience analytique avec lui.

Se croyant maître de tout désir, assuré dans son fantasme, le père s’étonne de ne pas arriver à ranger son fils à cette évidence. Pour sa part, Florent ne cède pas sur son désir – voire plus souvent sur ses pulsions, sur sa jouissance – mais patiemment son père le raisonne dans cette volonté où il semble être de méconnaître les mouvements pulsionnels et leur expression. Florent essaie de se conformer à cet idéal parental, mais il me démontre que c’est impossible. Et puis, de toute façon, il est confronté à ses pulsions, à ses angoisses, ça le déborde, et quoiqu’on lui explique, il ne peut y parvenir. Il fait valoir qu’il est un être de désir et que ce qu’il ressent ne consonne pas forcément – ou trop bien - avec le désir de l’Autre. Je peux alors reconnaître que cet enfant fonce tête baissée dans le fantasme paternel pour en démontrer la faille, car il en paye cher le prix, méconnu qu’il est dans la dimension pulsionnelle de son être dont il force le trait, il est feu follet, boule de nerfs, se faisant objet que l’Autre ne veut pas reconnaître : voix perçante, regard enflammé, bouffeur du temps et de l’énergie de ses parents dans cette avidité à incarner son être pulsionnel, emmerdant pour son entourage… sans répit ! Ni persuasion, ni répression ne l’arrêtent dans sa lancée et il rit de l’impuissance de ses parents à le limiter, démontrant ainsi l’inconsistance de leur idéal.

Il faut se rendre à l’évidence, Florent est “en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale ”(1). Il se dévoue à “représenter la vérité du couple familial ”(2), en cherchant à la dénoncer pour faire valoir ses exigences propres de sujet, sans résultat, rivé qu’il est à cette dénonciation. La question est alors de mesurer les conséquences pour lui de tenir cette place. C’est une place où il se sent tout puissant, on peut faire l’hypothèse qu’il renforce ainsi sa position d’origine, celle d’être le phallus de la mère. Il est devenu le phallus. De ce fait, à cette question de savoir comment le sexe vient aux enfants, on peut répondre que cette ténacité à être le phallus l’empêche d’entrer dans le processus de sexuation. Fixé à cette position imaginaire d’être le phallus, il se dispense d’affronter la question d’avoir ou de ne pas avoir le phallus. Et de cette manière, il ne parle que de l’Autre, de la dimension symptomatique du couple de ses parents dans leur rapport à lui. Il recule devant la nécessité d’apercevoir son propre symptôme et d’en explorer les différentes facettes non plus en rapport avec ses parents, mais avec son inconscient.

La précipitation du symptôme

Or la question est bien pour lui de s’affronter à son symptôme qui vient répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale, mais pas seulement, car c’est aussi son mode de réponse à la jouissance qui le déborde. Comment lui permettre de tourner la page de l’histoire de ses démêlés avec ses parents, pour qu’il puisse parler de ses démêlés avec son symptôme qui est par excellence le lieu de questionnement sur sa sexuation ? Car il s’agit, comme le formalise Jacques Lacan, d’en arriver à ce que “le rapport innommé, parce que innommable, parce que indicible, du sujet avec le signifiant pur du désir se projette sur l’organe localisable, précis, situable quelque part dans l’ensemble de l’édifice corporel. D’où ce conflit proprement imaginaire, qui consiste à se voir soi-même privé, ou non privé, de cet appendice. C’est autour de ce point imaginaire que s’élaborent les effets symptomatiques du complexe de castration ”(3).

Vient donc le moment où je choisis de lui dire : “ Ce que tu me racontes est très amusant, mais une autre fois, tu pourrais plutôt me parler de tes problèmes ! ” C’est l’acte par lequel je tente de favoriser chez lui “la précipitation de symptôme ”(4). Florent saisit cette invite au vol dès la séance suivante en m’indiquant gravement : “ J’ai un problème ! ” Et il poursuit d’un trait, avec une angoisse perceptible : “ Julia, elle me donne des coups à mes gougounettes, j’emmène toujours un jouet dans la cour pour me protéger, mais elle va trop vite, je n’ai pas le temps. C’est Rémy qui la commande ”. A cette évocation, il tremble d’émotion. Puis, indigné, il se reprend : “ C’est moi le plus fort ; Rémy, il est nul, je l’envoie en l’air sur le toit de l’école et il disparaît dans les tuyaux, il tombe dans les toilettes et je tire la chasse ! ” Face au réel insupportable que constitue pour lui la crainte de perdre le phallus, il réagit en étant violent, insupportable, en se faisant l’agresseur, et il utilise en outre la fabulation pour parer à l’angoisse de castration. On vérifie là à quel point “ le symptôme, c’est quelque chose qui avant tout ne cesse pas de s’écrire du réel ”(5). Il agresse les autres de façon violente à l’école, il se précipite sans crier gare sur les autres, les étrangle ou les met à terre sans motif apparent. L’angoisse de castration est telle qu’il se fait agresseur avant le moindre signe de l’extérieur. Il décrit avec enthousiasme ce qu’il fait subir aux autres, il me fait ainsi part de sa jouissance du symptôme. Il jubile en répétant : “ J’envoie Rémy dans les tuyaux ”, il se réjouit de son fantasme par lequel il a réduit celui par lequel il se sentait menacé en un déchet dont il peut se débarrasser. Il se persuade ainsi qu’il se défend aisément de toute menace. Florent est aux prises avec son symptôme et l’analyste devient son partenaire avec qui décliner les questions qu’il pose. Plus jamais il ne parle de ses relations avec ses parents. L’acte analytique l’a dégagé de cette place de vérité du couple familial d’où il ne pouvait pas poser sa question de sujet en s’affrontant à son angoisse de castration. L’acte analytique a constitué “ une atteinte portée à l’assurance que le sujet tient du fantasme ”(6), celui d’être le phallus. Un entretien avec le père pour faire le point me permet d’apprendre que Florent s’est considérablement calmé à la maison, il ne fait plus de crises de nerfs et il est possible de négocier avec lui. Par contre, à l’école, il est toujours très violent, c’est avec ses pairs que son symptôme se déploie.

Le symptôme du sujet

Florent est débordé par son comportement, il se précipite sur les autres, c’est plus fort que lui, il témoigne de sa division par ce symptôme, il le revendique mais se sent très coupable, cela constitue pour lui une énigme qui devient demande adressée à l’analyste. La fonction de sujet supposé savoir se met en place. “ Le symptôme comme analytique se constitue de sa capture dans le discours de l’analyste, par quoi, devenu demande, il se trouve accroché à l’Autre ”(7). Florent me rapporte avec fougue toutes les histoires dont il est le héros, les victoires qu’il accumule tandis que ses ennemis disparaissent dans les tuyaux d’évacuation grâce à sa force et son ingéniosité. Mais à la vérité, il ne s’en tire pas à si bon compte, cela le protège bien peu de la peur qu’il éprouve devant ce que J.Lacan appelle “premier jouir”(8). En témoigne la terreur que lui inspire métonymiquement la petite voiture qu’il a apportée en séance et qui termine à chaque fois sa course en se dressant brusquement. Mouvement de l’engin qui le fait rire à chaque fois nerveusement, ce qui me fait associer avec la formule employée par Lacan pour caractériser “la trouille ”(9) éprouvée par le petit Hans devant ce “premier jouir ” qu’il éprouve, et je reprends cette formule en ponctuant chaque érection de la voiture par un “Mais qu’est-ce que c’est que ça ? ”(10) qui laisse Florent interdit, ramené à son angoisse de castration. Et comme il s’acharne à casser cette voiture après en avoir montré les performances, je lui fais remarquer qu’il ne pourra plus en faire la démonstration. Il essaie alors de surmonter le moment de panique qui le submerge en m’affirmant qu’il pourra mettre un clou ! Lors de “la rencontre avec leur propre érection ”, indique J.Lacan, “ils se disent –Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Et ils se le disent si bien que ce pauvre petit Hans ne pense qu’à ce ça ”. Et il incarne dans un symptôme “ce à quoi il a affaire et auquel il ne comprend exactement rien ”(11).

C’est alors qu’il peut me livrer la découverte qu’il a faite il y a peu : il poursuivait Rémy dans les toilettes pour l’y précipiter et il est tombé en arrêt devant une petite fille installée sur les toilettes. Lui qui n’a pour voisinage qu’un frère et qu’un cousin, il a dû soudainement se rendre à l’évidence de la différence des sexes.

En proie à une vive émotion, voulant régler toute cette affaire par une annulation de ce qu’il vient d’énoncer, le voilà qui baisse subitement son pantalon pour me montrer qu’il est pourvu. Je verbalise immédiatement son acte, ce qui lui permet de se rhabiller prestement : “ Est-ce permis de te montrer ainsi ? ” Puis, je lui pose une question : “ Voulais-tu me montrer que tu es un garçon ? ” Et j’ajoute : “ Ce que tu me montres ne change pas ta peur d’être attaqué, alors ce qui compte, ce n’est pas de me montrer, c’est de me parler, de m’expliquer qui tu vas devenir ”. C’est la seule séance à la fin de laquelle il tentera de m’embrasser en me quittant, signant par-là comment sa sexualité est engagée dans le transfert, je lui ai alors indiqué que nous nous parlons plutôt, permettant ainsi que sa sexualité soit toujours engagée comme question avec moi.

Le recul devant l’angoisse de castration

C’est la honte qui le domine dans la période qui suit, il arrive caché derrière sa mère à laquelle il s’accroche, tandis qu’il tient un jouet dans l’autre main, et ce n’est que grâce à l’intérêt que je lui manifeste pour l’objet qu’il tient, qu’il accepte de me suivre. Un jour, il m’apporte un dessin qu’il a fait pour moi. Il a alors quatre ans. C’est un superbe bateau sur la mer. Sur le pont, campe un héros. Il décline toutes ses qualités. Je m’émerveille de ce héros qui parcourt les mers sur ce magnifique bateau ! Mais Florent proteste : “ Non ! Le bateau a une ancre à la proue et une ancre à la poupe ! ” Alors, je m’exclame : “ Qu’est-ce que c’est que ce bateau accroché à la mer ? ” Et je lui fais remarquer aussi le bouclier qu’il a mis en haut du mât. “ Oui, me dit-il, il faut le protéger ”. Et tout à trac, il me raconte que son grand-père a reçu une balle dans le bras pendant la guerre. Il me demande anxieusement comment on a bien pu faire pour la lui enlever.

L’angoisse de castration est donc présente, mais il cherche à la méconnaître, il se vautre par terre en me racontant qu’avec son cousin, il parle chinois. D’ailleurs, dans cette langue, son cousin l’appelle Flor : “ c’est plus court, c’est trop long Florent, et puis c’est comme ça que je m’appelle en chinois ! ” Je lui dis : “ Flor, on dirait fleur, il te prend pour une fleur, pour une fille, ton cousin ? ”

Sorti de sa position de départ de toute-puissance, le voilà donc ramené à sa condition initiale d’être le phallus de sa mère et de ne pas arriver à quitter cette place, ce qu’il métaphorise avec son magnifique dessin de bateau, dessin qui marque aussi le passage d’être le phallus vers la question d’avoir ou de ne pas avoir le phallus, par ce soin qu’il a mis à protéger le haut du mât avec un superbe bouclier et l’association qu’il fait à partir de ce dessin sur la crainte de perdre un membre. L’angoisse de castration est si forte qu’il cherche à annuler la question qu’il pose, d’abord en se cachant, ensuite en affirmant prendre refuge avec son cousin dans lalangue, dans “ le vouloir jouir ” et non pas “ le vouloir dire ”(12), confirmant par-là la forte envie dans laquelle un enfant reste longtemps de ne pas trop rester dans le sens, surtout, pourrait-on ajouter, quand les questions à résoudre sont trop brûlantes. Freud indique : “ Lorsque l’enfant apprend le vocabulaire de sa langue maternelle(…) il accouple les mots sans souci de leur sens, pour jouir du plaisir du rythme et de la rime. (…) Mais avec les progrès de l’âge, il cherche encore à s’affranchir de ces restrictions acquises à l’usage des mots, il les défigure par certaines fioritures, les altère par certains artifices, il se forge même avec ses camarades de jeu une langue conventionnelle ”(13). Et il est à remarquer que cette langue forgée avec son cousin lui permet de gommer la différence des sexes, avec ce prénom Flor dont il s’amuse, ainsi il n’y a plus de question à se poser, il est tout à la fois garçon et fille. Ma question “ il te prend pour une fille, ton cousin ? ”, fait interprétation, elle “ souligne le ratage qui est présent dans la réussite de l’apparole. Ce ratage, Lacan l’indique dans Encore, c’est que tout ce bonheur [celui de la jouissance de lalangue], ne permet pas d’assurer le réel du rapport sexuel ”(14).

A partir de la remarque que je lui ai faite, il entre résolument dans la question de sa sexuation : avoir ou pas le phallus. Mais il est notable que jamais dans la suite de l’expérience analytique il ne passe par ses parents pour s’orienter dans cette question : ni il ne mentionne la castration maternelle, ni il ne prélève un trait de son père pour trouver abri dans une identification. Et jamais le matériel des séances n’a permis de lui faire des remarques sur le mode œdipien, du type de celles faites par Freud à Hans : “ Je lui révélai alors qu’il avait peur de son père justement parce qu’il aimait tellement sa mère ”(15).

La sexuation articulée à une position de jouissance

Avec persévérance, pendant toute une nouvelle période, il décline les facettes selon lesquelles il est amené par les circonstances et par ses fantasmes à aborder cette question cruciale - être garçon ou fille :

- Je suis devenu gentil. Les garçons sont méchants, les filles sont gentilles…
- Je suis le plus fort.
- Je n’arrive pas à m’arrêter ; les autres, ils y arrivent.
- Sur mon dessin, c’est un héros, il a une robe, ses armes sont cachées… non, une cape, avec une épée qui dépasse !
- Là, c’est un héros qui remporte toujours la victoire. Il s’appelle Athena… C’est une fille ! Oui, oui, c’est une fille ! C’est le héros le plus fort du monde. Elle est belle ! Je veux être une fille. A cette déclaration, j’interviens : “ Tu m’as dit, - tu as même voulu me montrer une fois que tu as un zizi, tu appelles ça des gougounettes. Mais alors, si tu veux être une fille…? ” Florent me regarde, stupéfait, et déclare immédiatement : “ Ah ! Je n’y avais pas pensé ”. Puis, il passe à autre chose, l’air indifférent. Et comme il n’y revient pas, j’évoque à nouveau cette question quelques temps plus tard, en lui demandant : “ Y as-tu pensé au problème d’être fille et d’avoir un zizi ? Quelle solution as-tu trouvé ? ” Il me répond sans hésiter : “ Il suffit de ne pas y penser ! ” Et de nouveau il passe à autre chose, l’air de rien. Ne sommes-nous pas devant un mécanisme de défense d’annulation, n’avons-nous pas un signe de structuration du sujet sur le versant obsessionnel ?

- “ Je veux être une fille. Elles sont belles, les filles. Il dit cela avec passion, c’est une illustration de l’amour, non pas de l’amour d’objet, mais de l’amour par identification. Comment passer de l’amour par identification à l’amour d’objet ?

- Dans les séances suivantes, il multiplie les dessins de châteaux forts, de guerres, de chevaliers, de militaires, de canons, je lui demande : “ Tu m’as dit que tu veux être une fille. Et plus tard, quand tu seras grand ? ” Indigné, il me répond : “ Ah ! non, je serai un garçon. D’ailleurs, j’ai déjà une amoureuse ! Il revient la fois suivante avec les cheveux courts, il a fait couper ses boucles. Et ses histoires de guerres deviennent assorties d’histoires de femmes qu’on peut piquer aux ennemis lors de la victoire.

- Un jour, il déclare fièrement : “ J’aime les filles. J’ai mille amoureuses. Dans la cour, je les sauve, je me bats contre les garçons qui les embêtent, je me bats même contre les plus grands ”. Il vient d’avoir cinq ans.

- Comment se passent ces bagarres ? Il s’amuse toujours à me dire qu’il envoie les garçons dans les tuyaux d’évacuation, dans les toilettes, et il tire la chasse d’eau. “ D’ailleurs, me précise-t-il, caca, c’est masculin, comme garçon ! ” Il raconte toutes les insultes qu’il leur déverse : “ Tu pues du cul, t’es un caca, t’es un rien du tout, va dans les chiottes, tombe dans le trou et restes-y ! ” Il assoit cette position de jouissance – traiter les autres comme des déchets qu’il peut faire évacuer – comme façon d’affirmer sa virilité, à partir d’un trait qu’il prélève à l’Histoire de France. Il le raconte avec l’assurance de quelqu’un qui s’appuie sur des faits et qui ne pourra donc pas être contredit. Il a fait un dessin de château fort avec des douves, des assaillants surviennent, les chevaliers du château déversent sur eux tout ce qu’ils peuvent pour se défendre, et particulièrement, ajoute-t-il sur le ton de la confidence : “ Ils font caca, ça va directement dans les douves, ça attaque les ennemis, ça leur tombe dessus, ça les repousse ”. Il est excité à cette évocation, je lui demande s’il y pense quand il est lui-même aux toilettes, c’est un fantasme qu’il semble nourrir quand il est entrain de déféquer, tous ses désirs de vengeance sont concentrés là. D’ailleurs, si on y réfléchit, il fait “ chier ” tout le monde dans la cour de récréation, c’est son mode de jouissance fondé sur l’objet anal, mais qui n’en a pas moins une signification phallique, les filles sont l’objet cause du désir et le poussent à affirmer sa force qu’il prend pour sa virilité. C’est une position de jouissance en fonction d’un objet – celui qu’il a peur d’être en identification à l’objet d’angoisse maternel, celui auquel il cherche à réduire les autres – qui donne forme à son mode d’avoir le phallus, et cela à la place d’un trait d’identification prélevé sur son père par lequel se mettre à l’abri de l’angoisse de castration.

Ce cas correspond particulièrement bien à la critique par Jacques Lacan de la théorie phallique à la fin de son enseignement, à cause de l’insuffisance de la métaphore paternelle pour traiter la jouissance. Eric Laurent, dans un article en espagnol, déplie cette dimension essentielle de l’enseignement de Lacan en tirant toutes les conséquences qui en résultent pour la psychanalyse d’enfants : “ Nous ne pouvons pas être sûrs que dans un monde transformé par la science et par le discours du capitalisme, le père continue à assumer un statut tragique. C’est d’ailleurs un père qui nous est connu : le statut du père moderne, c’est le statut du père humilié. (…) Là, nous sentons effectivement qu’il y a un statut qui se réorganise et que pour assurer la répartition de la jouissance de façon satisfaisante, nous ne pouvons plus compter sur le père(16). En conséquence, ajoute un peu plus loin E. Laurent, “ nous sommes tous les avortons d’un désir, ce qui reste d’un désir qui nous a soutenu. Nous définir ainsi, c’est nous définir non pas à partir du signifiant de ce désir, qui est le phallus, mais à partir du reste ”(17). Cette position de jouissance par laquelle Florent se range côté garçon consonne avec la théorie sexuelle qu’il a imaginée. Comme il m’explique qu’il voudrait que sa mère ait un troisième enfant, je lui demande comment se fait un enfant, s’il sait comment cela se passe. Il me répond qu’il sait très bien ces choses. Je lui propose de m’expliquer. Il déclare : “ Alors, tu vois, mon père, il s’assoit sur un fauteuil, il dépose les graines, et après ma mère vient s’asseoir sur le même fauteuil, et elle attend un bébé ”. “Comment viendra-t-il ? ” “ Il sortira comme les cacas ”. Il a donc adopté ce que Freud appelle la théorie cloacale, non seulement pour la naissance, mais aussi pour la conception d’un enfant.

On peut se demander s’il ne considère pas ses parents plutôt sur un mode unisexe. Son père est maternel, gentil, ne traite jamais un conflit de front, est sans autorité. Sa mère a une apparence très masculine, grande et charpentée, les cheveux très courts, pas un sourire, la voix grave. Son père ne lui donne pas une image de virilité, sa mère ne lui apparaît pas comme marquée par la castration.

Dans l’expérience analytique, il dévoile sa position de jouissance en fonction d’un objet de prédilection lui permettant d’assumer de façon singulière le fait d’avoir le phallus, en ayant construit un fantasme qui vient supporter la possibilité de faire d’une femme – ce qu’il en pressent chez la fille - l’objet cause de son désir.

Hélène Deltombe

Bibliographie

(1) LACAN J., “ Note sur l’enfant ”, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.373.
(2) LACAN J., ibid.
(3) LACAN J., Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, Paris, Seuil, mars 1991, p.287.
(4) MILLER J.-A., “ C.S.T. ”, Ornicar ? n°29, Paris, Navarin, été 1984, p.147.
(5) LACAN J., “ La Troisième ”, Lettre de l’EFP n°16, novembre 1975, p.194.
(6) MILLER J.-A., “ C.S.T. ”, opus cité, p.144.
(7) MILLER J.-A., ibid. , p.146.
(8) LACAN J., “ Conférence à Genève sur le symptôme ”, Bloc-Notes de la psychanalyse n°5, p.12.
(9) LACAN J., ibid. , p.13.
(10) LACAN J., ibid. , p.13.
(11) LACAN J., ibid. , p.13.
(12) MILLER J.-A., “ Le monologue de l’apparole ”, Revue Cause Freudienne n°34, Paris, Navarin Seuil, 1996, p.12.
(13) FREUD S., Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, Paris, Gallimard, 1978, p.206-207.
(14) MILLER J.-A., “ Le monologue de l’apparole ”, opus cité, p.18.
(15) FREUD S., Le petit Hans, Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, 1954, p.120.
(16) LAURENT E., Hay un fin de analisis para los ninos, Buenos Aires, 1998, p.36.
(17) LAURENT E., ibid. , p.37.